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'avais trouvé un appareil photo de précision dans une armoire, c'était celui de mon père qui venait de mourir d'un avc l'après-midi du jour où il m'annonça qu'il était franc-maçon. Ma perception du temps subit un cataclysme, ses vagues routinières en furent dévastées et je les vis figées comme des ronces encore bien vertes, mes photos sont comme des mûres, il y en a qui surprennent par leur goût inatendu.
J'ai fait dès le début mes meilleures photos, aucun travail laborieux n'a permis d'y "arriver", un engagement tendu et innocent vers l'absolu qui enmène ailleurs , poussé et gèné par un "guru" trop jeune et exalté, et autres mages roteurs aux pieds nus et au coeur profond comme des abîmes.
Je me suis demandé qui voit, alors j'ai joué avec la photo à postuler un fil de lumière.
Faire des trous dans le temps, pour faire passer ce fil. Laisser jouer les rencontres, les tendresses et les coups, et réduire le champ qui sépare du regard direct les cordes innatendues, fumer pour ne rien dire, accompagner pour dire qu'il y a bien quelque chose qui se tient droit dans ce monde éperdu de règles maladives. Les mondes se croisent comme les doigts de mains.
Deux nuages se rencontrent parce qu'il va pleuvoir.
A
v
a il
n y
t a
la pluie la
d
u
r
é
e de la chute de la première goutte, une goutte, une étoile.
Le solitaire assoifé trouve sa façon de faire corps avec son âme par le "premier millimètre d'air au-dessus de la terre", la poésie selon Marina Tsvetaeva.
Et ceci, qui n'est pas une façon de dire ce qu'est la vérité mais de reconnaitre sa voie, ou faire "corps avec son âme":
"On s'approche de la vérité quand on doit faire face à la désorientation, lorsque l'on doit se prendre en main, sans points de repères"
Chogyam Trungpa